Biographie

En bref

Né à Paris en 1948. Vit et travaille à Joigny depuis 1991. Études secondaires en Suisse, études supérieurs en France (École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, Paris. Études de Philosophie des Sciences à La Sorbonne).
Lauréat du XXIe Prix International d'Art Contemporain de Monaco en 1987. Nombreuses expositions personnelles en Europe et aux U.S.A.
Expositions de groupe, en particulier en Allemagne, organisées par l'A.F.A.A. (Association française d'Action Artistique)
Expositions Art et Sciences en Europe, aux Usa et dans le monde.

 

Publications à caractères littéraire, esthétique (bibliophilie) et scientifiques (en particulier dans le domaine des géométries fractales, et en optique dans le champ des figures anamorphiques).
Travaux en architectures et spécialement dans le domaine de l'Art des Jardins (membre fondateur de l'Institut Ars & Locus).
Les œuvres de Jean-Paul Agosti sont présentes dans d'importantes collections publiques et privées, tant en France qu'à l'étranger.


Pour en savoir plus ....

Jean-Paul Agosti, né à Paris le 17 août 1948, fils aîné de Paul et Jeanne Facchetti, manifeste très tôt sa vocation de peintre et rentre à l’École des Beaux-Arts de Paris, près du Studio Facchetti, rue de Lille. Il est élève du peintre André Chastel, artiste de l’École de Paris, s'intéresse à la lithographie et dans le même temps est présent auprès de son père apportant sa collaboration à la galerie.
A l'époque, les amis d'Agosti ont pour nom Philippe Stark, Gérard Garouste,Fassianos. Il reste aussi très proche de son deuxième frère Yves, lui aussi jeune artiste, qui manifeste des dons certains pour la photographie et la musique. Mais cette complicité prendra malheureusement fin en 1970 quand Yves trouvera accidentellement la mort. C'est dans les années 1974 qu'Agosti entre véritablement en peinture, année où la galerie déménage rue des Saints-Pères.
Paul Facchetti fait appel à l'occasion du réagencement de ce nouveau lieu à l'architecte Carlo Scarpa, qui réalisera des travaux colossaux qui prendront deux ans avant de donner une galerie spacieuse tout en marbre et en aluminium.

 

A ce moment-là, ce qui intéresse Agosti c'est l'architecture du jardin avec les problèmes de limites dans l'espace que cela pose à sa démarche plastique. Agosti a toujours été fasciné par la nature, cela vient peut-être de sa petite enfance, lorsque toute la famille allait à la campagne visiter ses grands-parents à Bièvre et à Vitré en Bretagne, ville d'origine de sa mère, Jeanne Vétillard. Il fait en 1975 une exposition à la Galerie Raeber de Lucerne, en Suisse, intitulée Objets d'espace, avec un premier catalogue accompagné d'une préface de Richard Ducousset : « L'idée d'objet existe. elle est pure et parfaite.
L'objet, lui-même, existe et se développe dans l'espace. Sa représentation existe sur une toile ou un papier, troisième temps de l'objet. Entre ces trois états un décalage subtil s'insinue qui nous fait basculer de l'image à l'imaginaire et trompe l'intellect pour féconder l'esprit poétique » 1.


Les débuts

Il a dessiné à ses débuts des choses très fragmentées, très organiques, à l'encre de Chine en noir et blanc, ce qui peut faire penser à un chaos originel très proliférant. Cela constitue ce qu'il appellera plus tard son « oeuvre au noir ». Mais en 1976, il part s'installer à Gif-sur-Yvette dans l'enceinte abandonnée d'une ancienne abbaye, où se trouve un très beau jardin qu'il commence très humblement à peindre. Il a appris la technique ardue de l'aquarelle après avoir réalisé beaucoup de gouaches : « L'aquarelle n'est pas, comme on l'a souvent cru, une technique accessoire liée à l'artiste pour de futiles motifs. Elle n'est plus, en tout cas pour moi, cet objet secondaire, cette vulgaire esquisse, reflet du bel ouvrage. L'aquarelle à mes yeux est devenue une grande aventure.
Une aventure de la pratique, car comme toute approche apparemment simple, elle se révèle très complexe si l'on veut contrôler ses effets. La meilleure comparaison est avec la musique, celle du jeu répété et redit jusqu'à la maîtrise parfaite »2. Paul Facchetti décide de l'exposer en 1978, soit un an après l'exposition personnelle qu'Agosti réalise à la Martha Jackson Gallery de New York.

 

A l'époque seul l'art conceptuel est à l'honneur dans les galeries, et les aquarelles d'Agosti en sont bien éloignées. L'exposition Jardin de Gif trouva son public et la critique, en plusieurs articles, notamment d'Olivier Cena : « Par la simple et naturelle beauté du sujet, ainsi que par la transparence des couleurs, Agosti exprime toute la fraîcheur et l a poésie d'un monde à jamais perdu »3. Cette vision insolite du jardin laisse deviner au-delà de la simplicité des apparences la complexité d'un monde à appréhender.
Il y a pour qui sait le voir, en un même espace différents niveaux de réalité à découvrir. Ecriture de la haie, six carrés et le ciel ou encore Mouvements gris, deux états de l'écriture nous entrainent dans un parcours poétique où s'impose la présence d'un ici et d'un ailleurs. En 1980, Facchetti fait le choix de l'exposer à la FIAC dans une réelle volonté de retour aux sources de la peinture face à la confusion des genres de l'époque. La galerie Alexandre Iolas de New York remarque son travail et lui organise une exposition en 1984 sous le titre Genèse, Paysages, Fractales. 


Fractales

Après l'exposition Jardin de Gif, Agosti affirme le besoin de revenir à un sujet de vraie nature et s'en suit Mares et Rochers. De longues promenades en forêt de Fontainebleau avec le peintre Robert Ladou, sont pour lui des moments privilégiés où il peut observer la nature au plus près, dans toute sa dimension organique : « Dans Mares et Rochers, j'ai en face de moi un objet naturel sans interprétation humaine, en prise directe avec ses propres lois physiques, son érosion, son destin dans la lutte pour la lumière. En découlent d'autres géométries loin du carré bidimentionnel des jardins ; une géométrie de plans dans l'espace, une géométrie fractale avec des implications d'échelles »4.
Ce qui a été déterminant pour Agosti c'est la rencontre avec le mathématicien polonais Benoît Mandelbrot et la découverte de la pensée fractale 5. Mandelbrot est le premier à permettre de visualiser grâce à l'ordinateur les premières images fractales. Agosti le rencontre au détour d'une conférence donnée par Michel Serres au Palais de la Découverte, et par l'intermédiaire de son

 

ami physicien et chimiste Alain Le Méhauté. Son approche scientifique le conforte dans sa vision personnelle et enrichit sa pensée au niveau de son travail sur la structure. Agosti prend conscience que les scientifiques formalisent avec leurs instruments ce que lui-même restitue intuitivement dans son oeuvre. Mais ce qui l'intéresse avant tout, c'est que dans l'esprit de la pensée fractale, il y a une rupture avec l'idée d'espace euclidien, de codification de l'image, qui rompt avec l'idée de série et fabrique une arborescence afin que la structure de l'oeuvre reflète le détail porteur de l'oeuvre.
Cette approche offre un modèle de la réalité à l'aide d'un outil beaucoup plus fin et précis que celui dont on disposait jusqu'alors. A la même époque, un autre artiste, Jean Letourneur, en arrive aux mêmes conclusions. Dès lors il n'y a pas d'art fractal, il y a une révolution fractale dans la pensée où scientifiques et artistes se rejoignent.


Microcosme

Agosti part désormais du même sujet sans pour autant tomber dans le piège des images sérielles. Il décrit un bord de rivière ou de mare, où la terre se mélange à l'eau, où le ciel et les arbres se mirent à leur tour. Ou encore dans ses Bains d'Apollon met en correspondance l'infini des miroirs, inspiré par l'esthétique et la symbolique de Versailles. Il décrit ainsi avec patience dans ses aquarelles l'intérieur d'une sphère, un microcosme où circulent les quatre éléments, du feu, de l'air, de l'eau, et de la terre. Agosti se veut avant tout un témoin faisant passer certaines connaissances de la tradition humaniste dans l'oeuvre. Ainsi peut-il créer un espace hyperbolique dans lequel une image polychrome s'engendre à une autre échelle. Il décompose la lumière à partir des couleur primaires, et ouvre un espace vitaliste sans cesse en développement, sans cesse changeant d'échelle, afin de mieux refléter une arborescence.. Il y a là l'idée baroque de la mise en abîme de l'image et de la mise en ordre d'un chaos originel.
« Qu'en est-il de l'au-delà des limites, sur le bord effrangé des haies vives ? Y a-t-il en suspens, espace appréhendable ? Je vous le demande quel est cet autre là »6. Il y a chez Agosti la volonté d'ordonner le foisonnement de la nature autant que le désir d'en être dessaisi. « Le paradoxe survient alors que l'oeuvre se termine : cela n'est plus moi et cela est tellement moi, toutes ces inflexions, le choix des formes, la cohésion et

 

les fractures, pressions et compressions de toutes sortes, vacarmes et silences ; cela ne m'appartient plus ou peut-être pas encore »7.
Mais Agosti n'est pas que fractal et ne souhaite pas que son oeuvre soit identifiée à un concept, c'est du reste ce qui le poussera à se démarquer du groupe « fractaliste ». Il sera amené à s'en expliquer dans une lettre en 1997, déclinant l'offre d'une exposition de groupe au Purchase College de New York : « Pour une réflexion partielle sur la production des artistes concernés, je ferais le reproche principal suivant : à ma connaissance, aucun de ces artistes n'a modifié la structure de son oeuvre et le rapport local-global comme j'ai pu le faire. Aucun n'a rompu avec le « sérialisme ». Et ceci est grave pour de soi-disant fractalistes !
Ce fait est pour moi suffisant pour ne pas me reconnaître dans cette « imposture » »8. Cette tentative de simplification va à l'encontre de sa démarche esthétique qui se veut pensée et toujours fidèle à la complexité de ses implications symboliques qu'il développe autour du labyrinthe, de l'arbre des Sephiroth par exemple. Mais chaque fragment n'existe que dans le lien qu'il entretient avec l'ensemble. Irréductible pourtant à l'unité, le fragment dans l'inachèvement fractal est promesse d'avenir et peut être restauration utopique.


 Voyages

Au regard du temps, Agosti n'a de cesse aussi de revisiter les mythes et aime à travailler sur la mémoire des lieux. Ce fut l'objet d'une exposition itinérante en Allemagne, organisée par Marie-Louise Syring en 1985, avec l'aide de l'AFAA, ayant pour titre "Gechichte als widerstand", soit « l'histoire comme résistance ». Il expose par la suite chez Arlette Gimaray en 1988, Tables d'orients, où il présente à cette occasion de courts textes sur la démarche esthétique qui fonde ses orientations. Nature, fractionnement, foisonnement et reprise d'une image matricielle portée à une autre échelle ouvrent sur des réalisations de grande envergure comme cette fresque réalisée pour le collège André Malraux de Paron (1984) de 10 mètres de long sur 3 mètres de haut. Ou encore naît de son amitié avec Alain Le Méhauté le projet évolutif de l'Institut Supérieur des Matériaux du Mans, situant l'oeuvre d'Agosti dans toute sa plénitude architecturale et plastique. « Au-delà de leur langage respectif, tous deux avaient en perspective la beauté.
Pour le premier [Agosti], elle était chant des couleurs et harmonie des formes. Pour le second [Le Méhauté], elle avait un tour abstrait, celui de l'adéquation de l'outil mathématique à son objet, noirs milieux complexes et composites, dont les images microscopiques ressemblaient étrangement aux formes naturelles magnifiées par le premier »9. Ainsi « Art et Sciences » sont-ils indissociablement liés. Pourtant Agosti tient à rappeler qu'il n'y a aucun rapport plastique ou esthétique entre les images de synthèse fractale et la peinture qu'il pratique, car les développements métaphoriques d'arborescences touchant à l'infini des possibles dans la représentation, tiennent en ce point de tension entre un détail et la totalité de l'espace.

 

Comme le rappelle Maïthé Valles-Bled, conservatrice alors du Musée des Beaux-Arts de Chartres : « il ya toujours trois phases dans l'approche de la nature par Agosti, qui développent un système évoluant, pour chacune d'elles, vers davantage de complexité. La première, l'aquarelle, propose une grille de représentation du paysage relativement simplifiée ; puis vient le dessin, qui poursuit le développement du système et dont est finalement extraite l'oeuvre peinte. Cette peinture, qu'elle soit plus ou moins abstraite, qu'elle soit isomorphie ou cosmologie, est toujours, de par sa genèse même, reliée à ce qui l'a précédée »10
De ses nombreux voyages, notamment au Japon, et des différents jardins qu'il rencontre alors, comme celui du Ryôan à Kyoto, Agosti continue à définir les limites de l'espace naturel de son imaginaire, qu'il tient toujours proche de l'idée du jardin à la française.
Cet amour des jardins, il le partage avec son ami le poète Salah Stétié qui y voit « des lieux d'osmose, d'anamorphose, de métamorphose(s) : jardins en qui, par la vertu miraculeuse du chant rendu intense, un visage parfait se forme un peu, par-delà le voile de la lumière, visage d'homme ou de dieu, Orphée peut-être... Visage dont le plus grand mérite sans doute est de demeurer invisible, tirant à lui par là-même tout le visible, et l'offrant »11
Le travail d'Agosti répond à une succession de métamorphoses dans l'espace et dans le temps, par où de manière poétique en ses renaissance, l'héritage des anciens trouve à nouveau forme, ainsi que dans cette Suite d'Hermès présentée à la galerie Thessa Herold en 1996, ou dans le Jardin hiéroglyphique présenté au musée Saint Roch d'Issoudun en 1998.


Le texte "Pour en savoir plus" est de Frédérique Villemur.

1 Richard Ducousset, Agosti, objets d'espace, Lucerne, Galerie Raeber, 21 mars-18 mai 1975.
2 Jean-Paul Agosti en 1980.
3 Olivier Cena, Toute la fraicheur du monde,
4 Jean-Paul Agosti, Mares et Rochers, Paris, novembre 1983.
5 Fractal (néologisme) vient de fractus qui renvoie à fragmenter, séparer, et d'algebra qui signifie joindre.
6 Jean-Paul Agosti, Tables d'Orient, Galerie Arlette Gimaray, 1988.
7 Jean-Paul Agosti, Mares et Rochers, Paris, novembre 1983.
8 Lettre de Jean-Paul Agosti adressée à Susan Condé, datée du 11 juin 1997.
9 Alain Le Méhauté, Jean-Paul Agosti, Projet esthétique de l'Institut Supérieur des Matériaux du Mans, 1995.
10 Maïthé Valles-Bled, , Paysages / Mémoire, Paysages du temps, Musée des Beaux-Arts de Chartres, octobre 1988-janvier 1989..
11 Salah Stétié, Prassinos Agosti / Deux hommes d'arbre, galerie Thessa Herold, automne 1994.

 JARDIN CHEMIN BLANCS LENVOL
        Jardin-chemins blancs, l'envol, 2003 -Aquarelle/Arches 152 x 103cm
 
TERRE ET AIR
            Terre et air 2007 - acrylique 180 x 60 cm
 
EAU ET FEU
          Eau et feu 2007 - Acrylique 180 x 60 cm
 
JARDIN COURONNe
          Jardin couronné  - 2010 aquarelle  152 x 77 cm